Bérengère Allegret, nouvelle responsable programmation de La Rayonne

Publié le 5 juillet 2022

Nouvelle étape rapprochant de l'ouverture de sa salle de spectacle, le CCO La Rayonne vient de recruter une responsable de la programmation.

Bérengère Allegret, villeurbannaise depuis son plus jeune âge, a co-fondé en 2013 Exoria, un festival itinérant qui emmène en tournée tout un écosystème lié aux musiques électroniques : artistes, scénographes, VJ, arts numériques, équipes de production, ...

En 2020, alors que le secteur événementiel est suspendu aux crises de la COVID-19, Bérengère s'interroge beaucoup sur le sens des projets culturels. Ayant commencé à travailler jeune, elle se fixe comme cap l’obtention d’un diplôme et s'inscrit au Master Développement Culturel et Direction de Projets (DCDP) de l'Université Lumière Lyon 2. Elle se lance alors dans la rédaction de son mémoire : Quelle place pour les programmateur.rices dans les scènes de musique actuelle, à l'heure des droits culturels ?

Après avoir réussi une série d'entretiens face à un jury mixte composé de personnes engagées au CCO La Rayonne, Bérengère Allegret commencera en septembre 2022 sa mission de programmatrice. L'occasion de lui poser quelques questions, accompagnée d'Harout Mekhsian, directeur du CCO La Rayonne.

Bérengère, pourquoi avoir postulé à ce poste ?

Le CCO est pour moi un lieu incontournable dans la métropole de Lyon. C'est un espace d'expérimentation, qui a 60 ans d'histoires et qui pourtant est à nouveau en construction. C'est aussi un des rares lieux à autant parler des droits culturels. J’aime aussi Villeurbanne, la mixité de cette ville et la dynamique des politiques culturelles mises en place. J’ai grandi ici. Villeurbanne est pour moi centrale et elle joue un rôle clé dans la métropole de Lyon.

Comment voyez-vous la mission de programmation de La Rayonne ?

Je la vois plutôt comme une mission de facilitatrice. Accompagner les idées, les projets et les coopérations. Je n'ai pas envie de concentrer en moi tout le pouvoir de programmation, mais plutôt de permettre la rencontre et de transmettre les outils et méthodes afin d'embarquer avec nous des personnes et des collectifs qui ont des envies, mais pas encore la capacité de mener à bien certains projets. On veut aussi que La Rayonne ne raisonne pas en silo, mais qu'elle croise les musiques avec du théâtre, de la danse, des arts plastiques, ...

Harout, pourquoi avoir choisi le profil de Bérengère ?

Les enjeux étaient très élevés sur ce poste. La Rayonne, en tant que nouvel équipement atypique qui va ouvrir, est très attendue sur le territoire. Certes, il y a une salle de spectacle, mais comme à l'habitude du CCO, elle ne va rentrer dans aucune case. Ce ne sera ni une salle de MJC, ni une salle municipale, ni une SMAC, ni même une scène nationale. Ce sera l'outil du CCO pour permettre la rencontre entre les publics et les artistes. Pour ce poste, on cherchait un mouton à cinq pattes. Un profil atypique qui a la capacité de relever un triple défi : être ambitieux dans la programmation des musiques actuelles, faire réussir un modèle économique privé au service du projet d’intérêt général et mettre en œuvre les droits culturels. On a reçu une soixantaine de candidatures avec des profils très forts qui venaient de partout en France. Mais le jury a pu faire un vrai choix avec Bérengère. Sa candidature était extrêmement structurée et intéressante. Elle a 30 ans et n'est pas encore formatée par une approche trop classique de la programmation. Bérengère n'a pas peur de dire quand elle n'est pas d'accord et c'est ce dont nous avons besoin pour ce projet : des esprits libres, des personnes capables de rentrer en frottement.

Qu'est-ce que cela signifie de recruter une personne à la programmation ?

Harout : C'est un étape décisive au CCO car jusqu'alors, la programmation était assurée par Fabien Marquet, le responsable du pôle culture, qui comporte de nombreux autres volets. La Rayonne a besoin d'une personne dédiée à la garantie de la bonne articulation et de la cohérence sur tout ce qui se passe dans la salle de spectacle. Ce qui nous a beaucoup plu dans l’entretien, c’est sa position de facilitatrice plus que de programmatrice. Comment est-ce qu’on opère un glissement de pouvoir très centré sur une personne et ses goûts, vers plutôt une structure à l’écoute du territoire, ses initiatives et ses diversités culturelles. C’est aussi un signe fort de recruter une femme programmatrice, car dans ce milieu ce sont des postes de pouvoir. Ce sont des personnes qui peuvent dire ce qui va ou non sur le plateau, ce qui est légitime ou ne l'est pas. Quand on fait le tour des salles de concert et des théâtres, les femmes sont encore trop sous-représentées dans ces postes. Alors que dans les musiques actuelles, il y a quand même 80% de femmes qui y travaillent. C'est une problématique que l'on retrouve aussi sur les plateaux artistiques.

Bérengère : Pour aller plus loin, on travaillera ici sur la définition de cadres afin de combattre les stéréotypes de genre. Les quotas sont une bonne dynamique mais ne sont pas suffisants pour faire disparaître les stéréotypes de domination mis en place par le patriarcat. Par ailleurs, dans le monde de la culture, il n'y a pas que des questions de domination de genre, mais aussi de classe et d'autres discriminations qui sont réelles. Il faut questionner tout cela.

Une salle de spectacle peut-elle aussi prendre sa part dans les enjeux écologiques ?

Bérengère : Bien sûr ! L’écoresponsabilité est un enjeu que je porte à cœur. Nous allons travailler à rendre encore plus responsable l’accueil des artistes, jusque dans la définition des riders, mais aussi en privilégiant l’utilisation de moyens de transports moins polluants.

Harout : Dans cette même lignée, nous aurons une exploitation réaliste de la salle et un impact mesuré sur l’environnement. Notre utilisation de l’énergie et les répercussions carbonées sur le territoire seront mesurées. La salle présente quelques innovations technologiques en ce sens. La Rayonne a l’ambition d’être en symbiose avec son environnement urbain. Un système d’aération et de rafraîchissement en géothermie permettra de fournir de l’air frais pour la salle de spectacle et d’alimenter en eau chaude les résidences voisines.

 

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